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Podcast AD2S - Haute intensité : continuité, adaptation et bon sens technique

24 mars 2026 - Le regard de Dassault Aviation sur le MCO de combat

 

L’intervention de Pierre Daubin, Directeur commercial de la Direction Générale du Soutien Militaire (DGSM) de Dassault Aviation, s’inscrit dans la continuité directe des échanges de la table ronde AD2S consacrée au MCO de combat face à un engagement de haute intensité.

 

Rappelant que Dassault Aviation « ne part pas de zéro » dans ce domaine, Pierre Daubin propose, dans le podcast diffusé sur le LinkedIn AD2S, une lecture industrielle pragmatique de cette problématique, fondée non sur des hypothèses abstraites, mais sur l’expérience accumulée dans le soutien des flottes en service, en France comme à l’export.

 

Les contrats verticalisés comme socle de résilience

 

Le premier constat est qu’un engagement de haute intensité se traduit avant tout par une augmentation massive de l’activité. Cette montée en puissance concerne l’ensemble des fonctions industrielles et de soutien : sécurisation des approvisionnements, cadence de production, constitution de stocks, protection contre les risques cyber, robustesse des systèmes d’information, mais aussi évolution des pratiques de gestion du risque opérationnel.

 

La bonne nouvelle est que Dassault Aviation et ses partenaires sont déjà engagés, depuis plusieurs années, dans des dispositifs de soutien éprouvés, structurés autour de contrats de MCO verticalisés couvrant les principales flottes en service, qu’il s’agisse du contrat RAVEL pour le Rafale, BALZAC pour le Mirage 2000, OCEAN pour l’ATL2 ou encore ALPHA CARE pour l’Alphajet. Ces dispositifs ont démontré leur efficacité lors de crises récentes, qu’il s’agisse de la pandémie de Covid-19 ou des conséquences indirectes de la guerre en Ukraine. Pierre Daubin souligne ainsi plusieurs facteurs clés de cette résilience :

 

  • Le premier est le pilotage par un interlocuteur industriel unique, garantissant une coordination optimale de l’ensemble des acteurs privés impliqués dans le soutien. Cette organisation permet une utilisation rationalisée des ressources disponibles, dans une logique de forfaitisation de long terme, qui sécurise à la fois la disponibilité opérationnelle et la capacité d’investissement industriel.
  • Le second tient aux engagements contractuels élevés en matière de disponibilité, qui responsabilisent les industriels et les incitent à investir en amont, tant dans les usines que chez les fournisseurs et au sein des bureaux d’études - une anticipation déterminante pour absorber les pics d’activité -.
  • Enfin, le renforcement du lien entre les forces et l’industrie à tous les niveaux permet un partage d’information plus fluide, la création de boucles décisionnelles courtes et une exploitation plus fine des données techniques et logistiques, notamment grâce aux outils numériques, au Big Data et à l’intelligence artificielle.

 

Les résultats parlent d’eux-mêmes, puisque, dans le cas du Rafale par exemple, ces évolutions ont permis d’atteindre et de maintenir un niveau d’activité importante - de l’ordre de 300 heures de vol par an et par appareil -, tout en augmentant le nombre d’avions disponibles, malgré une réduction des parcs liée aux cessions à l’export, notamment vers la Grèce et la Croatie.

 

Le maintien et l’adaptation des compétences au service de l’intelligence de situation

 

Pour Pierre Daubin, ces acquis constituent des atouts importants, mais ne suffisent pas à eux seuls pour faire face à un conflit de haute intensité. Il souligne ainsi d’autres facteurs de succès, tels le caractère dual civil–militaire de l’industrie aéronautique française, lequel pourrait, en cas de besoin, permettre une réaffectation de certaines compétences issues du civil. S’y ajoutent les efforts en cours de montée en cadence de la production pour honorer les commandes françaises et export, ainsi que le renforcement associé des capacités de réparation et de production de rechanges, au prix d’un travail exigeant sur les fragilités de la supply chain.

 

Le développement des standards F4 - puis F5 - du Rafale ainsi que les marchés de soutien et d’analyse technique, contribuent par ailleurs à entretenir l’expertise des bureaux d’études. De l’avis de Pierre Daubin, cette expertise pourrait à terme souffrir du faible flux de développement et de l’arrêt de la production de certains appareils, comme le Mirage 2000, alors même que ces flottes continueront à être engagées en cas de conflit majeur.

 

C’est précisément pour répondre à ces limites que Dassault Aviation mène, depuis près de trois ans, des travaux approfondis avec les forces et la DMAé. Les ressources complémentaires nécessaires, à la fois matérielles, industrielles et humaines, ont été identifiées, mais leur mise en œuvre devra toutefois être priorisée en fonction des arbitrages budgétaires, réalité incontournable du soutien en haute intensité. « Les premières études ont été entamées dans le cadre du marché Ravel, dans le but d'intégrer dans la maintenance du Rafale, l'approche par la gestion des risques opérationnels, ce qu'on nomme GRO. Cela consistera à déterminer les conséquences potentielles de réparations partielles ou de dérogation temporaire au plan recommandé d'entretien, à établir un guide pour les réparations de dommages de circonstance ou de combat et à travailler sur une liste d'équipement minimal  », explique Pierre Daubin.

 

En ce sens, la participation de Dassault Aviation aux grands exercices tels qu’Orionis, Emeraude ou Saphir, joue un rôle central, ces mises sous tension permettant non seulement de tester les dispositifs, mais aussi d’initier les bureaux d’études à la gestion du risque inhérente aux situations de crise.

 

Une telle évolution représente en soi une révolution culturelle majeure, puisqu’après des décennies de renforcement des exigences réglementaires et de consolidation de la navigabilité militaire, parfois au prix d’une perte d’autonomie et d’une déresponsabilisation des acteurs de terrain, la haute intensité impose un retour assumé à la décision éclairée. Cette évolution doit aller de pair avec les démarches de simplification administrative, certaines mesures pouvant d’ores et déjà être mises en œuvre en temps de paix, sans attendre une crise majeure.

 

Dans cette perspective, de nombreuses innovations sont déjà à l’étude ou en expérimentation : fabrication additive et téléassistance en opérations extérieures, exploitation du Big Data et de l’IA (pour la maintenance prévisionnelle, l’anticipation logistique, mais aussi pour l’optimisation de l’affectation des aéronefs), recours aux jumeaux numériques pour simuler l’impact de différents scénarios d’emploi opérationnel sur les systèmes de soutien, mais aussi utilisation de drones d’inspection pour réaliser rapidement un état des lieux des aéronefs au retour de mission. En conclusion, Pierre Daubin met en avant une conviction désormais partagée avec les forces : le bon sens technique et l’intelligence de situation doivent redevenir la norme.

 

Par Murielle Delaporte

 

Photo © Dassault-Aviation (https://www.dassault-aviation.com/fr/defense/rafale/)

 

Retrouvez ce podcast sur Linkedin AD2S.