
Podcast AD2S - MCO de combat et haute intensité : construire la base pour « tenir le haut »
23 juin 2026 - Au fil de ce dernier podcast de notre série issue de la table ronde du 13 janvier 2026, le général de brigade aérienne Eric Le Bras, sous-directeur technique de la Direction de la Maintenance Aéronautique (DMAé) explique comment les notions de MCO de contrat et de MCO de combat, parfois mises en opposition, sont en fait « constitutives d’un même ensemble ».
L’intervention du général Éric Le Bras (reprise dans le podcast diffusé sur le LinkedIn AD2S) propose une lecture structurante du maintien en condition opérationnelle (MCO) face aux exigences d’un engagement de haute intensité. De son point de vue, le MCO de combat n’est ainsi ni une rupture, ni une exception, mais l’aboutissement d’un MCO pensé, organisé et consolidé sur le temps long.
Le MCO de combat : le sommet d’une pyramide
Le général Le Bras introduit une métaphore centrale : la pyramide du MCO. Au sommet se trouve le MCO de combat, celui qui permet de régénérer très rapidement des capacités en situation de contrainte maximale. Mais ce sommet n’est atteignable que si la base est solide.
Contrairement à une opposition souvent faite entre MCO de contrat et MCO de combat, il insiste sur leur continuité structurelle. Le MCO commence dès la définition de la stratégie de soutien initiale, couvre un cycle de vie des matériels pouvant atteindre jusqu’à 50 ans, et va jusqu’à leur démantèlement.
Le MCO de combat est donc la conséquence directe de choix faits bien en amont, et non une improvisation sous stress. Il a ainsi souligné que le rôle de la DMAé « est de construire cette base de façon à garantir le jour J une construction robuste pour permettre aux opérationnels une disponibilité maximale ».
Pour illustrer cette exigence, il a notamment rappelé des références historiques fortes, telles la Guerre des Six Jours, au cours de laquelle les Mirage III israéliens affichaient des temps de rotation de l’ordre de 30 minutes, démontrant ce qu’est un MCO réellement pensé pour le combat et permettant de « régénérer une mission avec un même aéronef ».
La DMAé, architecte de contrats « vivants »
Architecte de la base de cette pyramide, la DMAé rassemble aujourd’hui environ 1 200 personnels, et couvre près de 1 200 aéronefs, toutes armées confondues (Armée de l’Air et de l’Espace, Marine nationale, Aviation légère de l’armée de Terre), mais aussi d’autres administrations (Douanes, Sécurité civile…). Son périmètre se caractérise ainsi par sa diversité et sa complexité avec près de 40 types d’aéronefs, de générations différentes.
Structurée en six grands segments de soutien (chasse, transport, hélicoptères, etc.), la « force de l’organisation est que chaque responsable projet a, sous sa main, des experts logistiques, des experts techniques, des responsables achats, des responsables Plan finance…»
Cette organisation permet une relation directe, continue et mature avec les industriels, depuis la négociation des contrats jusqu’à leur conduite opérationnelle. Comparée à une « ruche » en activité permanente, la DMAé joue ainsi un rôle clé dans la définition et la mise à jour des référentiels techniques aéronef applicables, avec « 44 référentiels techniques différents pour couvrir l'ensemble des aéronefs en dotation, ce qui représente plus de 20 000 documents qui sont mis à jour régulièrement », mais aussi plus de 5 500 faits techniques traités chaque année et 3200 directives d’entretien produites annuellement.
Lors de son intervention, le général a insisté sur un point essentiel : un contrat de MCO n’est jamais figé et est, au contraire, « quelque chose de vivant » de par un processus continu d’avenants. Si la DMAé pilote aujourd’hui plus de 300 contrats, dont 29 contrats verticalisés majeurs (Rafale, A400M, systèmes Thales, etc.), les avenants successifs traduisent de fait l’évolution permanente du besoin opérationnel, qu’il s’agisse de l’intégration de nouvelles menaces, pouvant se traduire par exemple par l’introduction de clauses de résilience et de cybersécurité, ou encore de la restructuration de dispositifs, telle l’ouverture d’une nouvelle base (Orange pour le Rafale) ou d’un « nouveau plot de projection à l’étranger ».
Cette plasticité contractuelle est l’un des leviers majeurs d’adaptation à la haute intensité et s’est vue renforcée par la mise en place depuis trois ans de Pôles de Conduite du Soutien (PCS). Ces PCS associent, au sein d’une « comitologie resserrée », la DMAé, les industriels, les unités et autorités d’emploi, et, le cas échéant, la DGA (Direction générale de l’armement). Ils permettent le partage quasiment en temps réel de l’information, l’anticipation des pics d’activité (exercices majeurs ou déploiements), la réduction drastique des délais de décision, ainsi qu’une gestion fine des stocks de pièces.
Pendant les Jeux Olympiques, les PCS ont de fait été activés quotidiennement, garantissant une disponibilité exceptionnelle des hélicoptères Fennec pour assurer une posture permanente de sûreté renforcée.
Une adaptation permanente
Pour faire face à l’évolution de la menace, la DMAé adapte son dispositif en permanence avec par exemple la création d’un « Security Operations Center » dédié à la cybersécurité ou encore celle d’un bureau de coordination opérationnelle (BCO) intégrant en particulier un bureau de la logistique opérationnelle, « point d’entrée pour le CSOA » (Centre du soutien des opérations et des acheminements (1)).
Elle étaye par ailleurs ses compétences dans des domaines de nouveau d’actualité - tels le recyclage de matériaux critiques et terres rares (comme, par exemple, le germanium) ou la réparation de dommages de combat sur le théâtre (« Battle Damage Repair » ou « Field Repair » en anglais) – ou de nouveaux champs d’innovation comme la fabrication additive, avec la mise à disposition d’imprimantes 3D et un programme de qualification visant, à terme, la production de pièces navigables certifiées.
En ce qui concerne la gestion du risque opérationnel, la DMAé s’efforce d’agir comme facilitateur de la décision, en lien étroit avec les autorités techniques et industrielles, qu’il s’agisse d’autorisations de vol dérogatoires, de plans de maintenance adaptés à la haute intensité (tels celui en cours d’étude relatif à l’hélicoptère Tigre) ou encore de réparations de dommages de combat en opérations.
L’exemple du Puma touché par des tirs pendant les évènements en Nouvelle-Calédonie (2) est de ce point de vue emblématique, puisque grâce à une coopération interarmées et avec l’industriel, la réparation a pu être réalisée sur place, évitant un rapatriement long et coûteux.
Pour le général Le Bras, la haute intensité ne s’improvise donc pas et repose sur un travail patient au sein duquel contrats, organisation, compétences, données techniques et relations industrielles forment une base solide. C’est à ce prix que le sommet de la pyramide, c’est-à-dire le MCO de combat, peut être atteint, garantissant aux forces disponibilité, réactivité et résilience, y compris dans les scénarios les plus exigeants dictés par la haute intensité.
Par Murielle Delaporte
Notes
(1) https://www.defense.gouv.fr/ema/centre-du-soutien-operations-acheminements-csoa
(2) Lors des événements de mai 2024, l’armée de l’Air et de l’Espace a établi un pont aérien très dynamique entre la métropole et l’île. Plusieurs milliers de passagers ont été acheminés, essentiellement des forces de sécurité intérieure et des forces militaires, ainsi que des centaines de tonnes de fret via A330 Phénix et A400M Atlas.
Photo : exemple de réparation de dommages de circonstance sur un hélicoptère Puma rendue nécessaire suite à la découverte de deux impacts de tirs d’armes de petit calibre au retour d’un vol opérationnel en Nouvelle-Calédonie en août 2024 © La Revue DMAé 2025
Podcast disponible sur le LinkedIn d'AD2S
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